Un pour cent. C'est le chiffre qu'on glisse dans la case frais sans vraiment s'y arrêter. Une ligne discrète dans une brochure, un pourcentage qui parait presque anecdotique face aux variations quotidiennes du marché. Et pourtant, sur vingt ans, ce petit pourcentage fait un travail de sape que presque personne ne mesure vraiment. Pas parce que c'est compliqué à calculer, mais parce que le calcul n'est tout simplement jamais fait.
Cet article ne te promet aucun rendement. Il te montre juste comment les frais interagissent avec le temps, et pourquoi cette interaction mérite d'être regardée en face avant de choisir un support d'investissement.
Le calcul que personne ne fait: simuler 1% sur vingt ans
Pour comprendre l'effet des frais, il faut isoler une seule variable. Prenons un capital de départ fictif de 10 000 euros et une hypothèse de rendement brut de 7% par an, uniquement à titre d'exercice mathématique, sans aucune valeur prédictive. On applique ensuite différents niveaux de frais annuels, qui viennent réduire ce rendement brut chaque année, avant l'effet composé sur vingt ans.
| Frais annuels | Rendement net supposé | Capital final sur 20 ans (hypothèse) |
|---|---|---|
| 0,2% | 6,8% | environ 37 300 € |
| 0,5% | 6,5% | environ 35 200 € |
| 1% | 6% | environ 32 100 € |
| 1,5% | 5,5% | environ 29 200 € |
| 2% | 5% | environ 26 500 € |
Entre 0,2% et 1,2% de frais supplémentaires, l'écart final dépasse 5 000 euros sur une base de départ de 10 000 euros. C'est plus de la moitié du capital initial qui disparait, non pas en performance perdue sur le marché, mais en frais prélevés année après année. Encore une fois: ces chiffres sont une illustration mécanique, pas une prévision de rendement futur.
Pourquoi l'écart grandit avec le temps
Ce qui rend les frais si trompeurs, c'est qu'ils ne se contentent pas de retirer un peu d'argent chaque année. Ils retirent de l'argent qui, lui aussi, aurait pu se composer. Un euro prélevé en frais la cinquième année, c'est un euro qui n'a pas pu se multiplier pendant les quinze années suivantes. Plus l'horizon s'allonge, plus le manque à gagner s'accélère, de façon silencieuse et presque invisible d'une année sur l'autre. C'est exactement le même mécanisme que l'effet composé positif, mais inversé.
C'est aussi pour cette raison que les décisions de gestion comptent autant que la sélection elle-même. Une stratégie qui tourne trop souvent sans discipline claire peut accumuler des frais de transaction qui, mis bout à bout, rejoignent le même ordre de grandeur. Savoir quand sortir du marché n'est pas qu'une question de timing, c'est aussi une question de coût.
Frais visibles, frais cachés: où regarder
Le pourcentage affiché dans une fiche produit, souvent appelé frais de gestion ou TER pour un ETF, n'est que la partie émergée. D'autres coûts s'ajoutent, parfois sans qu'on les remarque:
- les frais de courtage à chaque achat ou vente,
- les écarts entre prix d'achat et de vente, invisibles mais réels,
- les frais de change si le support est libellé dans une autre devise,
- et, selon l'enveloppe utilisée, une fiscalité qui vient s'ajouter aux gains réalisés, de manière générale et variable selon le cadre fiscal choisi.
Aucun de ces éléments n'est anecdotique pris isolément. Additionnés sur deux décennies, ils expliquent une bonne partie de l'écart entre le rendement théorique d'un marché et ce qu'un investisseur voit réellement arriver sur son relevé.
Ce que ça change pour une approche momentum
Une approche basée sur le momentum implique des ajustements réguliers, puisque le classement des pays, secteurs ou actifs change d'un mois sur l'autre. Cela ne veut pas dire tourner frénétiquement: cela veut dire choisir des supports dont les frais de gestion restent bas, et limiter les frais de transaction en évitant les ajustements inutiles. Le drawdown attire souvent toute l'attention, parce qu'il se voit sur un graphique. Les frais, eux, ne se voient jamais sur un graphique. Ils agissent en silence, mois après mois, et c'est justement ce qui les rend dangereux à ignorer.
C'est aussi pour cette raison qu'une méthode claire sur le choix des actifs compte davantage que la tentation de deviner le bon moment pour agir. Le vrai enjeu n'est pas de savoir quand bouger, mais sur quoi porter son attention, et à quel coût.
Les limites de ce calcul
Ce calcul repose sur une hypothèse de rendement constant sur vingt ans, ce qui n'arrive jamais dans la réalité. Les marchés connaissent des années négatives, des phases de forte hausse, des périodes plates. L'ordre dans lequel ces variations surviennent change les résultats, parfois significativement. Ce calcul ne tient pas compte non plus de la fiscalité précise, qui dépend de l'enveloppe utilisée et peut évoluer dans le temps. Il ne tient pas compte des frais d'entrée ou de sortie spécifiques à certains produits, ni des frais ponctuels de transfert de compte. Enfin, un rendement brut plus élevé ne compense pas automatiquement des frais plus élevés: c'est justement le piège qu'on cherche à éviter en isolant la variable frais dans cet exercice.
L'objectif n'est pas de donner un chiffre définitif, mais de montrer une mécanique trop souvent ignorée: sur un horizon long, les frais ne sont jamais un détail.
MomentumRadar recalcule chaque mois le classement des pays, secteurs, industries, actions et devises par momentum, pour t'aider à choisir sur quoi porter ton attention, sans jamais te dire quand agir à l'aveugle. Essai gratuit de 14 jours.
Cet article est fourni a titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir comporte un risque de perte en capital.